Entrée en matière
Longtemps après avoir hésiter, je choisis de finir cette randonnée à San Gil. Cette option me retarde un peu dans ma progression, mais me permet de laisser une partie de mes affaires à l’auberge.
Je pars dans avec un sac plus léger, que je peux m’empêcher de remplir de victuailles une fois arrivé au marché.
Après y avoir déguster un jus local, acheté une cordelette qui s’averera trop courte pour remplacer l’ancienne, j’arrive à la station de bus.
Bus lent, paralysé longtemps par les travaux de rénovations.
Bus qui me laisse au bord d’une ferme, point d’entrée de Las Cascadas de San Jose.
Las Cascadas
J’entre, paie le droit de passage et m’aventure dans la jungle en empruntant un petit passage non balisé mais bien marqué.
Une imposante grenouille, guère chétive, s’interpose sur mon chemin. Son seul point faible : elle n’aime point être prise de face en photo.
Après le premier guet, je sais que j’aurais les pieds mouillés. J’opte donc pour une stratégie plus offensive et met mes sandales en place des chaussures de randonnées. Quitte à être mouillé, autant ne pas hésiter.
Sur le rocher, où je me change, où je tatonne pour traverser, un vieux personnage, portant machette et bois, me rejoint. Il pose sur les rochers les pas qu’il me manquait pour atteindre l’échelle.
Je l’aide un peu pour transporter son matériel puis reprend l’ascension utilisant les cordes laissées à disposition pour gravir les passages raides, étroits ou glissants. C’est un jeu d’enfant !
Au pied des chutes, je me pose et apprécie le paysage et les éclats d’eaux qui arrosent mon visage.
Deux personnes descendent en rappel la chute, deux couples prennent le soleil.
J’observe.
Les deux personnes atteignent les pieds des chutes. On leur donne quelques instructions pour se baigner dans le bassin. La rivière nous sépare et la cascade couvre ces précieux conseils de son chant reposant.
J’observe.
J’observe ces deux personnes rejoindrent le bassin, avec fougue ou attention ; je les observes en profiter, en rire avec passion. À mon grand déshonneur, j’ai omis de respecter la première règle du Guide du voyageur Galactique : je n’ai pas pris ma serviette. Ce n’est point ce détail qui m’empêchera de rejoindre les deux tourtereaux dans le bassin.
Je plonge mes bras. À la première tentative, l’eau est froide. Elle l’est toujours d’ailleurs.
À la seconde tentative, je suis assis sur le bord, l’eau reste froide. Le mexicain/colombien me dit d’y aller. L’eau est bonne.
À la troisième tentative, je me jette, sans retour possible.
Finalement, l’eau est bonne et j’y plonge facilement la tête.
…
…
L’heure passant, je rejoins mon rocher pour me changer. Un bain de soleil et un bandana suffiront pour me sécher. Puis rentre par l’autre chemin.
L’imposante grenouille tient toujours la route.
Devant la ferme, le fermier me propose à boire. Un verre de Panuela. Ne sachant ce dont il s’agit, je m’engage dans une discussion qui va durer.
Tout en dégustant ce verre de Panuela, j’apprends que la Panuela à la même origine que le sucre (Azúcar) de canne mais que le processus de fabrication est plus court. La fabrication du sucre se termine par une étape de rafinage que n’a pas la panuela.
On abordera également de nombreux sujets comme :
- Son souhait de développer le tourisme de ce lieu en créant un camping avec des hamacs et de pouvoir découvrir ainsi d’autres cultures, apprendre d’autres langues (il ne parle qu’espagnol)
- L’histoire complexe du nom du site qui peut porter à confusion avec la ville adjacente. Je ne le conterai guère ici car, il préfère ne pas la diffuser pour mieux la raconter lui-même au gens de passage.
- Les problèmes de voisinages,
- La nature locale : oui, il y a bien des animaux, vifs et fuyants, dans cette jungle épaisse. Oui, il y a bien des poisseaux, de la taille d’un demi-doigts, dans le torrent. Pour les plus grands, il faut passer rejoindre la rivière.
- Les difficultés à produire de la canne à sucre. Avant, le coin en était plein. La mondialisation, l’industrialisation ont fait baisser les prix. Des animaux remplacent désormais une grande partie des plants de canne. C’est pourtant le tourisme que les font vivre désormais.
Pendant ce long échange, notre vieux personnage aura rejoint sa maison et la discussion.
Il me propose à manger mais le trajet m’attend.
Cabrera
Prochaine destination : Cabrera via San Gil.
Un bus arrive, débarque un couple franco-irlandais et repart. Il allait dans le mauvais sens.
Un bus arrive et c’est le bon. Ce trajet reste long et j’arrive à 15h à San Gil. On m’informe que le prochain bus pour Cabrera est à 18h.
Cela signifie une randonnée nocture de 2h sans profiter des paysages noyés dans l’obscurité. Parfois, il faut savoir renoncer : je vais directement à Barichara en bus. Il part à 15h30.
Barichara
Dans le bus qui nous emmène vers les hauteurs de Barichara, une personne qui me semble très familière est assise pas très loin.
Sur ce mystère, je me garde de lever le voile et préfère regarder le paysage. Il faut croire que les bus me rendent peu sociable.
Barichara est vraiment une belle ville, pour ces routes belles et plates (c’est tellement rare), pour son architecture. Comme un rituel de touriste, je commence par la grande place et son église puis vogue de rue en rue à la découverte d’autres édifices de valeurs.
Chemin faisant, je rencontre Kirsten qui a survolé durant la matinée le canyon de Chiri/a****.
Les deux premières chapelles n’accrochent pas trop mon intérêt, puis, au détour d’un zigzag, je tombe sur la rue qui borde la cité. Et me fait découvrir au combien Barichara surplombe les alentours et un canyon. La vue est magnifique ; je ne m’y attendais guère.
Les fontaines du parc des arts ne fonctionnent pas mais le cadre y est sublime, et l’australienne y surgit à nouveau.
Dans l’obscurité naissante, mon sac à dos fait tâche ; un commerçant me hèle et me demande si je sais où passer la nuit. Il connait quelqu’un qui pourrait m’héberger et me propose de m’emmener. Il dit que c’est cher et moi que j’ai peu de moyen.
Sur la route, le commerçant raconte qu’il est sculpteur et tailleur de pierre et a contribué à transformer la place que nous traversons.
Visite des chambres : 50 000 $ ou 60 000 $. Outch. Point intéressé par de tel prix, je dis à Diego que je n’ai que 30 000 $ à consacrer pour cette nuit. Une nuit à la belle étoile pointe le bout de son nez : les prix ici sont élevés.
À ma surprise, il me dit d’accord. Tous me diront que j’ai fait une affaire. Il faudrait vraiment que j’apprenne à négocier comme cela pour le reste.
Repas. Après un nouveau tour de la ville dans l’obscurité, tour que les orages naissant me feront pressant, je regagne la chambre, prend mon carnet et sort !
Je me pose sur un banc, là, pendant une/deux heures. L’air, silencieux, est vraiment agréable, plein de sérenité. Ni trop chaud, ni trop froid, pas trop lourd. Le ciel continue à être parsemé, régulièrement, des échos bleus d’éclairs invisibles, silencieux, … Quelques commerçants brisent momentanemment le silence ambient.
Tout à l’heure j’ai cru voir une boule de feu traversée le ciel.
Je reste seul sur la place. Une déferlate de coups de tonnerre passe. Allez savoir à quel éclat il appartienne. Là encore, je crois voir une boule de feu, puis une seconde. À non, c’est un papillon !
Je regrette d’avoir pris une chambre, une nuit à la belle étoile aurait été parfait.
Il est déjà 19h30, la fatigue me gagne, je m’arrache avec difficulté de ce banc et gagne l’embrasure de ma fenêtre. Ce temps a vraiment quelque chose d’attachant. J’entends une feuille, délaissée par sa mère, atteindre le sol.


























































































































